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De la faculté des sciences de l'Université de Paris à l'UPMC

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

De la faculté des sciences de l'université de Paris à l'UPMC

Les restes de la halle aux vins, face aux barres de Cassan, 1970

Après la Seconde Guerre mondiale, comme après chaque défaite, la question de l’éducation redevient, pour un temps, d’actualité en France. Marc Bloch dans un ouvrage qui n’a guère vieillit avait bien analysé les causes de la défaite imputables à la formation de nos élites (esprit de caste, étroitesse sociale, rentes de situation et manque total d’innovation).

 

Mis à part quelques évolutions dans les programmes, la réponse des universitaires résistants dans le premier et éphémère gouvernement de Charles de Gaulle fut la recréation du CNRS et des agences spécialisées dont le CEA. Autrement dit, on laissait de côté les universités qui, en tant que corporation, ne s’étaient pas illustrées par leur résistance à la collaboration, pour privilégier l’urgence de la recherche en particulier atomique.

 

La poussée démographique et sociale était pour les années 60 et il faudra attendre le retour de Charles de Gaulle pour que le problème resurgisse. De Gaulle avait une vision de la recherche et du développement économique de la France et il lança de nombreux grands programmes qui profitèrent d’abord aux agences de recherche (CNRS, CEA, INRIA, CNES, etc.).

 

Cependant, les universités ne furent pas oubliées et les financements accompagnèrent l’ouverture de l’université aux générations d’après guerre. Augmentation du nombre de postes, création d’Orsay, de Nanterre, de Villetaneuse et reprise du projet de faculté des sciences de Paris. Comme depuis la Convention et Napoléon, le système français est en lettres et sciences, très imbriqué secondaire- supérieur, il est difficile de réformer l’un sans l’autre.

 

C’est pourquoi la réforme Fouchet s’attaquait au baccalauréat, à l’entrée à l’université et à la réforme des études universitaires. Nous étions en 1967 et il était malheureusement trop tard pour un tel programme, d’autant que la jeunesse étudiante était dans son immense majorité antigaulliste depuis la guerre d’Algérie. Néanmoins, de nombreux professeurs de la faculté des sciences, comme Pierre Lelong, étaient proches des conseillers du président et militaient pour la construction d’une nouvelle faculté des sciences.

 

Par chance, les professeurs avaient élu comme doyen, un mathématicien, normalien, résistant, gaulliste, Marc Zamansky, qui avait toutes les bonnes caractéristiques et qui, de plus, était fort dynamique. Marc Zamansky reprit le projet de la halle aux vins à son compte, fit le lobbying, encouragea les manifestations et réussit à obtenir la décision en 1959. Il est vrai que les cours de sciences dans la Sorbonne se déroulaient, dans les années 1960, dans des conditions inimaginables d’entassement. Avec l’impulsion de Malraux, il fut décidé de faire de la nouvelle faculté des sciences une oeuvre architecturale et muséographique.

 

Les travaux commencèrent  par les barres de Cassan qui furent exploitées concomitamment avec la halle aux vins, leur surélévation s’explique parce que les wagons citernes passaient en dessous venant d’Austerlitz. Le gril d’Albert fut mis en chantier en 1963. Comme on avait construit les cathédrales pour le culte mais aussi, symboliquement, pour que le peuple vît la grandeur de Dieu,  Marc Zamansky et le groupe de professeurs, qui était autour de lui, dont le vice-doyen Luc Gauthier, avaient conçu la faculté des sciences dans le même esprit, au service de la science, déité de ce temps, mais il fallait que nul ne l’ignore et c’est ainsi qu’une nouvelle abbaye avec son clocher, son cloître (le parvis), ses murs et ses fossés occupa la place de l’abbaye Saint-Victor dont les restes furent retrouvés, mais malheureusement non conservés, lors des fondations.

 

La suite, ce sont les événements de 1968, l’ouverture de la faculté par certains professeurs aux manifestants, le refus de Marc Zamansky de composer avec les collectifs d’étudiants et de professeurs puis sa démission et son remplacement provisoire par Luc Gauthier. En 1968, c’est la réforme en trompe l’oeil d’Edgar Faure, un peu plus d’autonomie assortie d’une balkanisation inepte à la sauce pluridisciplinaire, en fait sur des bases politico-affectives. En 1969, Charles de Gaulle démissionne, les grands corps reprennent leur routine satisfaite, au jour le jour et finissent les trente glorieuses en roue libre et à crédit. L’élan pour les universités s’arrête net. Il ne reprendra pas avant 20 ans. Le gril d’Albert ne sera jamais achevé.

 

En 1970, c’est la création de Paris 7, au nom de la pluridisciplinarité et de l’innovation pédagogique contre l’immense majorité des enseignants de la faculté des sciences, mais avec le soutien du recteur Mallet, de quelques littéraires, de mathématiciens et des biochimistes nouvellement cooptés (la plupart venant de Pasteur). Création suivie du partage du campus et de la multiplication des sites pour les deux universités. Ensuite, toutes les réformes échouent à cause, entre autres, à la coalition d’intérêt du secondaire et des grandes écoles qui sont d’accord pour contourner les universités par des formations sélectives et des établissements publics de recherche (sans étudiants mais bien dotés) qui se multiplient.

 

Il faudra attendre le milieu des années 1990, pour qu’une réflexion sur les universités revienne d’actualité avec le plan U3M et l’évidence que notre avenir économique et notre avenir tout court passe par la médecine. La décision est prise de construire un campus aux grands moulins pour l’université Paris 7. Malgré les diverses tentatives toujours renouvelées de sortir les sciences de leur position trop visible au centre de Paris et de séparer la recherche des étudiants, la décision est aussi prise de désamianter et rénover le Gril d’Albert.

 

Grâce à la ténacité et au dévouement des personnels de l’UPMC qui ont continué leur activité dans des circonstances souvent difficiles, les travaux se feront sur un site partiellement occupé, ce qui empêchera toutes les spéculations des bons apôtres intéressés à utiliser le site à leurs fins. Et puis la tour est enfin rendue à son utilisation. Il semble que Paris va rester une capitale scientifique, c’est justice de rendre à la tour le nom de Marc Zamansky pour qui la France et la science ne faisaient qu’un et méritaient qu’on se batte pour elles.

 

C’est justice aussi de rendre à Guillaume de Champeaux, notre frère enseignant et penseur, l’hommage que l’on doit à celui qui a le premier dédié ce site à la quête intellectuelle et à la formation, lui qui, cédant à des arguments toujours actuels :  « Il en va de même de la science : quand on en fait part aux autres, elle grandit ; et si un maître avare s’en contente pour lui-même, elle finit par lui échapper », reprit ses enseignements, ici même, il y a 900 ans.



15/10/09