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De la fonte accélérée du Groenland aux migrations climatiques du Sahel

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De la fonte accélérée du Groenland aux migrations climatiques du Sahel

Pour la première fois, une étude interdisciplinaire, à laquelle participe des chercheurs du laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentations et approches numériques (LOCEAN, UPMC/CNRS/IRD/MNHN), du laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE, CEA/CNES/UVSQ) et du CEA, a évalué l’impact, que pourrait avoir, au cours du 21e siècle une fonte accélérée de la calotte de glace groenlandaise sur un des écosystèmes agricoles les plus vulnérables de la planète, le Sahel, et sur ses populations. L’aridification régionale ferait disparaître la culture vivrière de sorgho et de millet, entraînant l’exode de dizaines, voire de centaines, de millions de personnes.

© Christine Zenino

Loin d’être un processus continu, la fonte d’une calotte glaciaire se produit par secousses. Le niveau de la mer s’élève, le sol remonte, des masses glaciaires glissent et se détachent… Si les phénomènes physiques en jeu sont difficiles à modéliser, les paléoclimatologues ont pu documenter de tels événements, tels que ceux dits de Heinrich. Ce sont de vastes débâcles d’icebergs provenant de l’instabilité des calottes, au cours de la dernière ère glaciaire1. Pour chacun d’entre eux, la fonte brutale de la calotte groenlandaise correspond à une phase d’aridification de l’Afrique de l’Ouest.

 

Une collaboration associant climatologues, agronomes et anthropologues a voulu savoir quelles seraient les conséquences d’un tel événement à l’échelle de notre siècle. Pour cela, les chercheurs ont choisi le plus pessimiste des quatre scénarios examinés par le GIEC2, malheureusement considéré aujourd’hui comme le plus réaliste. Avec ces hypothèses d’émissions de dioxyde de carbone, ils ont effectué des simulations climatiques globales, en considérant une fonte supplémentaire de la calotte glaciaire groenlandaise, entre 2020 et 2070, comprise entre 0,50 et 3 m d’élévation du niveau marin (la fonte totale correspondant à environ 7 m).

 

Ces simulations révèlent un mécanisme similaire aux conséquences climatiques dues aux précédents événements de Heinrich. L’apport d’humidité au Sahel diminue, la « barrière des pluies » est déviée au sud. Résultat : la mousson africaine est très fortement atténuée pendant cette perturbation climatique sur le Sahel, rendant impossible la culture du sorgho et du millet dans ces zones. Compte tenu de la démographie du Sahel, des dizaines ou des centaines de millions de personnes devraient alors rejoindre les zones urbaines les plus proches, faute de ressources alimentaires locales. Ce résultat montre qu’une fonte accélérée du Groenland au cours du 21e siècle aurait, en plus des conséquences dévastatrices et connues sur les zones côtières, également un impact à l’intérieur des continents lié à la modification des zones de moussons.

Mali (Afrique de l’Ouest). Jeunes hommes Dogons transportant de la paille pour nourrir des animaux d’élevage. © Ferdinand Reus

Pour en savoir plus :

1 Les événements de Heinrich correspondent à des débâcles massives d'icebergs dans l'océan Atlantique Nord qui ont eu lieu lors des glaciations quaternaires, notamment lors de la dernière période glaciaire il y a environ entre 119 000 et 12 000 ans. Ces débâcles sont dues à une instabilité des calottes polaires et des glaciers qui couvraient alors une partie des continents de l'hémisphère Nord. En fondant, les icebergs ont libéré les sédiments qu'ils contenaient, ce qui a formé des couches de sédiments spécifiques sur le plancher océanique, les IRD (de l'anglais « Ice Rafted Debris »). La définition stricte d'un événement de Heinrich est la présence d'une telle couche d'IRD observée dans les carottes marines de l'Atlantique Nord.

 

2 Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est un organisme intergouvernemental, ouvert à tous les pays membres de l'ONU qui a pour mission d’évaluer les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine. La climatologue Valérie Masson-Delmotte du CEA (LSCE) est co-présidente du groupe de travail n°1 du GIEC, qui travaille sur les bases physiques du climat.

 

Cette étude originale par son extension pluridisciplinaire a réuni des climatologues (LSCE, EPOC, Université de Madrid), des statisticiens (LSCE, LOCEAN), des spécialistes des impacts agricoles et des migrations humaines (LOCEAN, UVSQ, IRD).

 

Laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentations et approches numériques (LOCEAN, UPMC/CNRS/IRD/MNHN)Nouvelle fenêtre

Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE, CEA/CNES/UVSQ)Nouvelle fenêtre

 

Référence :

“Consequences of rapid ice-sheet melting on the Sahelian population vulnerability, PNAS, accepted for publication”, PNAS, 06 juin 2017, DOI 10.1073/1619358114



14/06/17