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« Le Sida, il me fait vieillir! »

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« Le Sida, il me fait vieillir! »

Le vieillissement prématuré des patients infectés par le VIH

Hier, ils étaient trentenaires. Aujourd’hui, sur les 35 millions de personnes séropositives dans le monde, 10% dans les pays pauvres et 33% dans les pays riches ont plus de 50 ans. Alors qu’il faudrait se réjouir de cet extraordinaire taux de survie, certains des patients infectés par le VIH souffrent de pathologies classiquement observées dans la population générale lors du vieillissement (accidents cardio-vasculaires, ostéoporose, troubles neurocognitifs, atteintes métaboliques, hépatiques ou rénales, cancers). Est-ce à dire qu’ils vieilliraient « trop ou trop vite »? Jacqueline Capeau, professeur à la Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie, ex-directrice du Centre de recherche Saint-Antoine (UPMC/Inserm) et chef de service du service de biochimie à l’hôpital Tenon, nous livre son point de vue sur la question.

 

Vieillissement tissulaire et sénescence

Le vieillissement est un processus physiologique qui limite progressivement la réponse d’un organisme aux besoins physiologiques et aux différents types de stress, entraînant des modifications de type dégénératif (insuffisance d’organe) ou prolifératif (tumeurs). La sénescence réplicative ou physiologique signe l’« usure » cellulaire et l’arrêt de la réplication, tandis que la sénescence induite par le stress conduit la cellule à un arrêt de division précoce.

 

Le cas des patients atteints du VIH

Peut-on parler de comorbidités (maladies et/ou divers troubles s'ajoutant à une maladie initiale) associées au vieillissement ? Certains sujets malades depuis plus de vingt ans présentent une charge virale indétectable et un taux de lymphocytes T CD4 correct. Alors que l’infection VIH est le plus souvent bien contrôlée grâce à un arsenal thérapeutique performant de molécules antirétrovirales, on diagnostique des poussées dégénératives qui affectent l’os (ostéoporose), les muscles (sarcopénie), le cerveau (maladies neurodégénératives), le système cardio-vasculaire (infarctus, insuffisance cardiaque, athérosclérose, hypertension), le métabolisme (diabète et résistance à l’insuline, dyslipidémie) et de nombreux organes (insuffisance rénale, hépatique, pulmonaire) et à des cancers. Plusieurs études de cohortes ont montré que les patients infectés par le VIH ont une incidence accrue de ces comorbidités par rapport à la population générale et qu’ils sont considérés comme « âgés » à cinquante ans.

 

Une conjonction de causes

Les premières molécules antirétrovirales dites de première génération, ont montré leur capacité à contrôler l’infection VIH et à restaurer l’immunité cellulaire. On a alors assisté à une véritable « résurrection » des patients gravement atteints et dont le pronostic vital était très souvent engagé. Mais dès lors que ces mêmes patients ont montré des comorbidités associées au vieillissement, ces molécules « salvatrices » ont été pointées du doigt. Cependant, le rôle du virus qui reste caché dans des réservoirs de cellules immunes ressort des travaux récents ainsi que l’épuisement rapide du système immunitaire trop sollicité.

 

En outre, il faut considérer d’autres facteurs tout aussi importants, liés à l’âge et au sexe du patient, à son environnement et à son mode de vie (tabagisme, sédentarité, régime inapproprié, consommation régulière d’alcool ou de drogues). Une étude réalisée sur la population générale anglaise a montré qu’un seul facteur de risque faisait vieillir de cinq ans, alors que quatre facteurs cumulés anticipaient le processus de douze ans, soit une durée équivalente à celle retrouvée chez les patients infectés par le VIH.

 

Des pistes thérapeutiques pour une meilleure prise en charge de ces patients

Bien que certaines molécules antirétrovirales soient plus ou moins toxiques, la sévérité de l’infection initiale par le virus et le retard à l’instauration du traitement antirétroviral induisent des atteintes irréversibles, en particulier au niveau de la muqueuse intestinale. Il faut donc traiter le plus tôt possible en utilisant de préférence des molécules moins toxiques. La simplification des prises médicamenteuses et la diminution des effets secondaires permettent un meilleur suivi du traitement ce qui est essentiel pour son efficacité.

 

Photo © UPMC - Pierre Kitmacher

Pour en savoir plus :

CDR Saint-Antoine INSERM UMRS 938Nouvelle fenêtre

 

Faculté de Médecine et Université Pierre et Marie Curie Nouvelle fenêtre



01/12/15