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Obésité de l’enfant et de l’adolescent

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Obésité de l’enfant et de l’adolescent

Rien ne sert de faire un régime à tout prix, il faut savoir réagir à point…

 

Patrick Tounian, pédiatre et nutritionniste, est à la tête du service de nutrition et gastro-entérologie pédiatriques de l’hôpital Armand-Trousseau à Paris. Il dirige la formation universitaire « Obésité de l’enfant et de l’adolescent » à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. Il n’a de cesse de lutter contre certaines idées reçues et d’épargner beaucoup de la souffrance due à une méconnaissance de la maladie.

 

Tout a démarré au début des années deux mille avec les travaux de votre collaboratrice, la psychologue clinicienne, Marlène Dreyfus.

Patrick Tounian. C’est elle qui la première a permis au service de s’intéresser au problème de la stigmatisation psychosociale des obèses ! L’obésité est une souffrance immense qui donne lieu à un handicap psycho-social : peur du regard des autres, peur du regard porté sur soi-même. Ce sont des détresses difficilement surmontables à la fois pour l’enfant et pour ses proches.

 

L’obésité est-elle une question de genre ?

P. T. L’obésité est vécue différemment selon le sexe. Un garçon se considère physiquement plus fort dans ses jeunes années. À la puberté, il s’inquiètera de la taille de son sexe, parfois dissimulé par la graisse (problème de verge enfouie). Les filles plus précoces dans certaines situations, sont davantage sensibles à l’apparence physique et à la mode. Je pourrais vous citer de nombreux exemples, tous issus de ma patientèle : un enfant qui (re)découvre son corps à la puberté, un adolescent qui n’ose pas aborder le sujet de sa sexualité, une jeune fille dont la fausse sœur jumelle est filiforme et longiligne… Dans bien des cas, les parents se rejettent mutuellement la responsabilité. D’autres feignent de ne rien voir. La surcharge pondérale est une maladie constitutionnelle qui incite l’enfant à manger davantage et bouger moins.

 

Vous évoquez un racisme anti gros. Que répondez-vous à cette stigmatisation ?

P. T. Un enfant obèse n’est pas un feignant mangeur de chips devant la télé ! J’aime à faire souvent référence au livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Le Sumo qui ne pouvait pas grossir (éd. Albin Michel, 2009). Un orphelin japonais de corpulence normale est initié, par un sumo, aux éléments fondamentaux et aux pratiques de ce sport ancestral qui mêle art martial et philosophie zen. Malgré tous ses efforts pour grossir, le disciple n’y parvient pas et abandonne son rêve. Ce livre montre bien que l’obésité est une maladie qui n’atteint que des sujets prédisposés. Ceux que la nature a gâtés ne peuvent grossir, quelle que soit leur alimentation, quel que soit le niveau de leur activité physique. L’obésité est une injustice de la nature. Le racisme anti-gros témoigne de la méconnaissance des causes de cette véritable maladie.

 

Y-a-t-il alors des prédispositions génétiques ?

P. T. L’obésité est une maladie du cerveau en grande partie génétique. L'obésité est un phénomène complexe qui résulte de la convergence de deux facteurs : l'environnement obésogène caractérisé par une augmentation de la sédentarité et de la disponibilité d’une nourriture riche dans les pays industrialisés qui permet l’expression de la prédisposition génétique. Il est aussi probable que les obèses aient été sélectionnés parmi nos ascendants. Les enfants dont les ancêtres vivaient dans des régions géographiques où survenaient souvent des grandes périodes de famines sont aujourd’hui plus enclins à l'obésité, car  les obèses résistaient mieux aux famines, grâce à leurs réserves, et ont probablement davantage survécu. C’est le cas pour les Noirs Américains et les Amérindiens.

 

Coloration des lipides. Coloration des lipides neutres stockés dans les gouttelettes lipidiques des adipocytes chez la souris (lignée cellulaire murine 3T3-L1). Les adipocytes sont des cellules spécialisées dans le stockage de la graisse, qui sert aux organismes de réserve d'énergie. Leurs gouttelettes lipidiques sont des dépôts de lipides, comme les triglycérides. Une augmentation du stockage lipidique dans les adipocytes s'accompagne de perturbations de la transmission des signaux cellulaires, ce qui est associé à des pathologies comme l'obésité. Colorant utilisé : Oil Red O. Image réalisée au Centre de recherche des Cordeliers, équipe 8, Paris. © Inserm

 

Quels traitements préconisez-vous ?

P. T. Seul un régime restrictif permet de maigrir. Inutile d’interdire ou de diaboliser certains aliments, tout est une question de quantités. Un peu d’activité physique et sportive en complément peut être utile, mais elle n’est pas suffisante à elle seule, le régime est indispensable.

 

Existe-t-il d’autres solutions ?

P. T. La chirurgie bariatrique (by-pass et sleeve) doit se développer, tout en étant réservée à des centres pédiatriques spécialisés. La prise en charge se fait avant et après l’opération. La perte de poids est de plusieurs dizaines de kilos. Mais on peut observer des carences en vitamines, en oligo-éléments qu’il faut pallier par des compléments alimentaires. De nouvelles thérapeutiques verront le jour dans les prochaines décennies, peut-être l’électro-simulation cérébrale puisque il s’agit d’une maladie des centres cérébraux de régulation du poids. Elles pourront alors libérer les jeunes générations de cette souffrance inqualifiable et encore discriminante.

Pour en savoir plus :

Service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques à l’hôpital Armand-Trousseau à Paris

 

Obésité infantile. On fait fausse route ! Patrick Tounian, Safia Amor. Éditions Bayard, collection « Aux côtés des enfants », 2008.



27/09/13